Les opérateurs africains MTN et Airtel signent un accord de partage de réseaux au Nigeria

Le 26 mars 2025, MTN Group et Airtel Africa, les deux plus grands opérateurs télécoms d’Afrique, ont annoncé des accords de partage d’infrastructures réseau pour le Nigeria et l’Ouganda. L’objectif est de réduire les coûts d’exploitation en mutualisant des équipements clés tels que les stations‑base et la fibre optique, d’étendre la couverture dans les zones isolées et d’atténuer les fortes pressions financières causées par la dépréciation du naira. Les deux acteurs contrôlent conjointement plus de 85 % du marché nigérian des télécommunications ; ce partenariat est perçu comme une réponse stratégique aux défis économiques et un levier pour l’inclusion numérique.

Ces dernières années, le secteur télécom nigérian a connu des difficultés financières sans précédent. La dépréciation persistante du naira a entraîné de lourdes pertes de change et une baisse des revenus pour MTN et Airtel au Nigeria, tandis que les coûts en devises pour le déploiement et la modernisation des réseaux ont fortement augmenté. Construire des réseaux séparés n’est plus viable, car les investissements redondants ont fortement compressé les marges. Dans ce contexte, le partage d’infrastructures est devenu une solution incontournable. Les directions des deux entreprises ont souligné que l’accord permet de réaliser d’importantes économies sur les dépenses d’investissement et d’exploitation, d’améliorer l’utilisation du spectre et des sites dans le cadre réglementaire, et d’offrir aux abonnés un service plus stable et de meilleure qualité.

L’accord inclut le partage du réseau d’accès radio (RAN) : tours, antennes, alimentations et équipements associés, ainsi que le partage et la co‑construction d’infrastructures de fibre optique, y compris le déploiement commun de nouveaux tronçons. Ces synergies renforcent la tolérance aux pannes et la redondance du réseau, diminuent les pertes de messages dues aux défaillances ponctuelles et optimisent la qualité de livraison inter‑réseaux des services A2P. Il est précisé que les deux sociétés restent concurrentes sur les plans commercial et de marque, sans affaiblir la dynamique du marché.

Les retombées dépassent le simple cadre des économies de coûts. Selon les analystes, cette alliance pourrait remodeler la concurrence au Nigeria, et les petits opérateurs pourraient reproduire ce modèle pour assurer leur pérennité. Les deux groupes ont indiqué qu’ils étudiaient l’extension de ce dispositif au Congo‑Brazzaville, au Rwanda et en Zambie. Cela témoigne d’une mutation du secteur télécom africain : d’un fonctionnement isolé vers la co‑opétition pour faire face à la volatilité des capitaux mondiaux et à la dépréciation des devises locales. Les abonnés nigérians bénéficieront à terme d’une couverture plus large et de moins de pannes, tandis que la rentabilité et la durabilité des opérateurs seront améliorées par l’optimisation de leur structure de coûts.