En juin 2026, la Commission des communications du Nigeria (NCC) a officiellement engagé une révision complète des tarifs de terminaison mobile (MTR), la première du pays depuis 2018. Le champ d’analyse dépasse largement l’interconnexion vocale traditionnelle et intègre explicitement les cadres de tarification des SMS A2P et des services USSD. Pour la NCC, les banques, fintechs, administrations publiques et plateformes numériques recourent de plus en plus aux SMS A2P, et l’ancien système de tarification ne reflète plus les réalités du marché : inflation, dépréciation monétaire, augmentation des coûts énergétiques.
Cette révision intervient après huit ans de profondes mutations dans le secteur des télécommunications nigérian. Depuis la dernière fixation des tarifs en 2018, la forte dépréciation du naira, la flambée de l’inflation et la hausse durable des coûts énergétiques ont bouleversé la structure des coûts des opérateurs. Parallèlement, le déploiement de la 5G, les services basés sur l’intelligence artificielle et l’essor de l’IoT ont modifié les usages des réseaux, au‑delà des hypothèses du modèle de coûts de 2018. Les plateformes OTT comme WhatsApp et Telegram absorbent une grande partie du trafic vocal et messagerie, réduisant la dépendance aux services d’interconnexion historiques. Les tarifs de terminaison mobile nigérians n’ont pas évolué depuis huit ans : 3,90 nairas par minute pour les opérateurs historiques et 4,70 nairas par minute pour les nouveaux entrants.
L’inclusion explicite des SMS A2P constitue une étape marquante. Les responsables de la NCC soulignent que les services de messagerie d’entreprise se sont fortement développés depuis la précédente révision tarifaire. Banques, sociétés fintech, organismes publics et plateformes numériques utilisent massivement les SMS A2P pour les alertes de transaction, mots de passe à usage unique, notifications clients et vérifications d’identité. Le cadre existant ne prend pas suffisamment en compte l’ampleur et l’importance commerciale de ces services. Omotayo Mohammed, directeur de la Concurrence et des Tarifs à la NCC, a affirmé lors d’un forum de concertation des acteurs du secteur à Lagos : « L’USSD, l’intégration des MVNO et l’A2P fonctionnent à grande échelle ; le régime tarifaire actuel ne les traite pas convenablement et nécessite un encadrement réglementaire formel. »
La NCC a confié à KPMG la réalisation de l’étude et des consultations des parties prenantes sur une durée prévue de quatre mois. KPMG évaluera l’efficacité du régime d’interconnexion en vigueur, établira des comparaisons avec des marchés de référence comme l’Afrique du Sud et le Kenya, et concevra des modèles de coûts prospectifs pour étayer le nouveau cadre tarifaire. Les opérateurs devront fournir des données financières et opérationnelles couvrant cinq exercices. L’étude appliquera la méthode du coût incrémental à long terme plus marge (LRIC+), norme mondiale utilisée par les régulateurs pour définir les tarifs de terminaison. La NCC souligne que cette révision vise à mettre en place un cadre réglementaire orienté sur les coûts, transparent et fondé sur des faits, afin de stimuler les investissements, renforcer la concurrence et améliorer le bien‑être des consommateurs.
