Analyse du cadre réglementaire de protection des consommateurs en matière d’A2P SMS au Kenya

L’activité d’A2P SMS (Application-to-Person) au Kenya est régie par un système réglementaire à deux niveaux : au niveau supérieur figure le « Règlement kényan sur l’information et la communication (protection des consommateurs) 2025 », et au niveau inférieur les « Lignes directrices sur la protection des consommateurs et normes de service client » publiées en 2022 par l’Autorité kényane des communications (CA). En juillet 2025, le ministère kényan de l’Information, de la Communication et de l’Économie numérique a publié une nouvelle version du règlement, qui remplace celle de 2010. Ce règlement vise à protéger les intérêts et le bien-être des consommateurs dans le secteur de l’information et de la communication.

I. Consentement des utilisateurs : l’opt-in est une condition préalable absolue
L’article 15 du règlement de 2025 régit spécifiquement les « communications non sollicitées ». Le règlement précise explicitement que toute opération de marketing direct doit reposer sur le principe de l’opt-in (consentement préalable exprès). L’article 6.2.2.3 des lignes directrices prévoit en outre que les fournisseurs de services doivent conserver des enregistrements permettant de prouver que le consommateur a lui-même initié sa demande d’abonnement via son MSISDN (numéro de téléphone mobile). Pour les clients n’ayant pas consenti à recevoir des communications marketing, les fournisseurs de services ne peuvent informer de l’existence de leurs services SMS que par des canaux autres que le SMS, tels que la presse écrite, la télévision ou la radio.

II. Plage horaire d’envoi : de 7h à 19h
L’article 6.2.2.5 des lignes directrices précise explicitement : les communications marketing envoyées par SMS ne peuvent être transmises qu’entre 7h00 et 19h00. Font exception les cas suivants : la communication marketing répond à une demande initiée par l’utilisateur et est envoyée dans la plage horaire au cours de laquelle l’utilisateur a formulé sa demande ; ou l’utilisateur a expressément consenti au préalable à ce que les communications soient envoyées en dehors des horaires indiqués.

III. Registre « Ne pas déranger » (DND)
L’article 6.2.2.6 des lignes directrices impose à tous les fournisseurs d’infrastructures nationales (NFP) de niveau 1, 2 et 3 de mettre en place leur propre registre « Ne pas envoyer de SMS, ne pas appeler, ne pas envoyer de courrier indésirable, ne pas déranger », ou de s’abonner à un registre national officiellement enregistré. Ces fournisseurs de services doivent s’assurer que tous les utilisateurs peuvent inscrire leur numéro dans les registres susmentionnés, ne pas envoyer de SMS indésirables ni de démarchages téléphoniques à tout numéro figurant dans les registres, et mettre en place des mécanismes empêchant les fournisseurs de services de contenu identifiés par les utilisateurs de continuer à envoyer des messages harcelants aux utilisateurs qui s’opposent à la réception de leurs SMS ou appels.

IV. Mécanisme de désinscription (opt-out)
L’article 6.2.1.7 des lignes directrices prévoit que les communications marketing et professionnelles envoyées par SMS ou par courrier électronique doivent être gratuites et comporter une option de désinscription. L’ODPC considère l’absence d’option de désinscription comme un motif d’aggravation de la peine.

V. Pré-enregistrement des Sender ID et des contenus
La CA exige que tous les Sender ID alphanumériques (jusqu’à 11 caractères) et les modèles de messages soient préalablement enregistrés auprès de la CA. Les Sender ID non enregistrés sont systématiquement écartés par le réseau ou remplacés par des codes courts aléatoires.

VI. Conséquences des infractions
L’article 22 du règlement de 2025 prévoit que toute personne qui enfreint les dispositions pertinentes peut, après condamnation, être passible d’une amende n’excédant pas un million de shillings kényans (environ 7 700 dollars américains). En outre, conformément au « Règlement kényan sur l’information et la communication (protection des consommateurs) », la CA peut infliger des amendes pouvant aller jusqu’à 300 000 shillings.